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Mercredi 7 octobre 2009 3 07 /10 /Oct /2009 16:02

                 Je suis presque aveuglée par la Lune. Bien que les statues aux alentours soient immobiles, je ressens leur présence incommodante. Pendant que je m’assieds sur les marches du perron, Franck s’avance dans le chemin qui mène au portail de l’entrée. Il tente de l’ouvrir, sans succès. Les mains encore accrochées aux barreaux, il tourne la tête vers moi.

 

«    -          On est prisonnier ici ! »

 

Il s’acharne frénétiquement sur l’entrée, en secouant la porte tel un détenu enragé, jusqu’à essoufflement. Je regarde vers lui, la tête sous pesée par mes mains, les yeux dans le vide. Je ne dois pas me laisser perturber. Même si ils sont étranges et agressifs, ce ne sont « que » des non vivants. Les histoires de fantôme sont révolues désormais, le monde entier est au courant de leur existence. Et que c’est pour ceux n’allant pas en paix au moment de leur passage vers la mort, une étape nécessaire. Elle avait donc une énigme à résoudre, sur son passé. Je me redressai.

 

«    -          Franck.

    -          Quoi ?

       -          Il faut retourner à l’intérieur, et la trouver. »


Ses deux mains saisissaient encore les barreaux avec vigueur.

 

«    -          Au cas où tu le n’aurais pas remarqué, nous avons été accueilli avec panache tout à l’heure ! Je n’ai pas envie de forcer le destin ! Me lança Franck, en se retournant.

       -          Alors reste là. »


Mes mots claquent dans l’air, sur un ton stoïque, laissant peu de place à une réponse. Il me fixe, les mains ouvertes vers le ciel. Son regard trahi sa fierté, et son besoin de courage, mais ses principes sont noyés par ma conviction. Les poins fermés, et seule, je retourne dans le hall. La porte du couloir central était restée grande ouverte. Deux chandeliers sont maintenant allumés en haut des marches sur la gauche de la salle, comme pour me montrer le chemin. De façon inexplicable, je sais que ce chemin mène vers elle.

 

Je sens sa présence. Elle est ici. La porte donne sur une longue salle à manger, à peine éclairée par les flammes vacillante de nouveaux chandeliers espacés sur la table en son centre. Elle est assise à l’autre bout, dans sa robe blanche. Ses cheveux flottent autour d’elle, son teint blafard est en contraste avec ses yeux d’un noir improbable, et ses doigts sont délicatement posés sur le rebord de la table. Je continue à me rapprocher. Je peux enfin lui dévoiler mes sentiments.

 

«    -          Tu m’as tant manqué… »

 

Son regard me suit au fur et à mesure que je m’avance. Elle reste muette.

 

«    -          Dis moi quelque chose… lui dis-je, en l’implorant. »

 

Me voilà à genoux devant elle. Je la vois toujours aussi belle, à travers son nouveau visage. Ses formes creuses et sa peau éthérée ne peuvent masquer mes souvenirs. Plus qu’intacts, mes sentiments amoureux ont redoublés. Ses lèvres esquissent des mouvements très légers.

 

«    -          Penses tu pouvoir m’oublier… maintenant ? »

 

Sa voix résonne dans la pièce, dans un écho glissant autour de moi comme un coup de vent. Je tremble, non par peur. Je suis blessée. Pourquoi est elle si dure ? Son regard est froid. J’ai envie de pleurer.


«    -
         Mais pourquoi tu me dis ça ? Lui répondis-je dans un souffle chancelant. »

 

Je pose mes mains sur ses genoux, et de désarrois, laisse aller ma tête en avant. Une larme termine sa descente le long de ma joue, pour chuter sur le plancher. Sa main soulève mon menton délicatement, jusqu’à ses yeux. Elle est glaciale.

 

«    -          Libère moi… ton amour, et ton manque me retiennent ici. Je suis lasse. »

 

Les sanglots remontent dans ma gorge, comme une envie de vomir. Il m’est impossible de réaliser son souhait. Il n’y a pas de boutons marche ou arrêt pour les sentiments.

 

«    -          Mais enfin, je ne peux pas ! M’écriai-je en pleurant.  Comment veux tu que j’arrête de t’aimer? Je ne peux pas faire ça en un claquement de doigts !

       -          Je me libère, dans ce cas. Et tu prends ma place. »


Ses mots coupent mon souffle, et mes sanglots. Maintenant j’ai peur. Et quand je vois son autre main saisir un des couteaux de table, je suis paralysée. Son bras défini lentement un cercle pour s’arrêter au dessus de ma tête. Elle rabat l’arme dans ma nuque. Je vois mon sang éclabousser sa robe, sans la tacher. Je m’écroule à ses pieds… je perds connaissance…

 

A mon réveil, elle n’est plus là. Je me relève aisément. Je réalise que je viens de passer de l’autre coté, car plus aucun poids physique ne me retient. Mon corps gît à mes pieds. Mes émotions sont différentes ; Alors que la tristesse doit logiquement m’envahir, j’ai un sentiment de… d’emprisonnement. Je manque d’air, alors que je ne respire pas. Une sorte de frustration ancrée me transperce le cœur, à la place de ce qu’étaient mes battements. C’est  insupportable.


 

                   Franck perds patience. Il dois retrouver Vanessa. Il s'en voudrait toute sa vie si il lui arrivait quelque chose.

 

«    -          Franck ? Je suis au premier étage, rejoins moi ! »

 

C’était la voix de Vanessa, dans sa tête. Sans hésitation, il entrai à nouveau dans le manoir.

 


- Fin -

 


 

Par Lévy Benoit - Publié dans : Nouvelles
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